Consultant sirh : rôle, missions et impact sur la transition énergétique des entreprises

Quand on parle de transition énergétique, on pense spontanément aux panneaux solaires, aux pompes à chaleur ou aux réseaux de chaleur. Mais beaucoup plus rarement… aux logiciels RH. Et pourtant, derrière la décarbonation des entreprises se cache souvent un acteur discret mais stratégique : le consultant SIRH.

Ce spécialiste des systèmes d’information RH (SIRH) n’optimise pas seulement les congés, la paie ou la gestion des temps. Bien utilisé, un SIRH peut devenir un véritable levier de réduction de l’empreinte carbone et d’amélioration de la performance énergétique d’une organisation.

Alors, en quoi le consultant SIRH peut-il réellement peser dans la transition énergétique des entreprises ? Décryptage.

Qu’est-ce qu’un consultant SIRH, exactement ?

Le consultant SIRH (Système d’Information des Ressources Humaines) est un expert à l’interface entre trois univers :

  • les ressources humaines (processus, organisation, réglementaire),
  • les systèmes d’information (logiciels, intégrations, data),
  • et le pilotage stratégique (reporting, indicateurs, performance).

Sa mission principale : aider les entreprises à choisir, déployer, paramétrer et faire évoluer leurs outils RH numériques. Cela peut aller du logiciel de gestion des temps à une suite RH globale intégrant paie, recrutement, formation, mobilité interne, etc.

Dans les faits, il intervient à plusieurs niveaux :

  • Audit de l’existant : comment sont gérées aujourd’hui les présences, absences, planning, télétravail, formation ? Sur Excel ? Sur plusieurs outils non connectés ?
  • Expression de besoin : quelles fonctionnalités sont réellement nécessaires ? Quels indicateurs RH et RSE suivre ?
  • Aide au choix : comparaison des solutions du marché, rédaction de cahiers des charges, appels d’offres.
  • Déploiement et paramétrage : mise en place de l’outil, configuration des règles de gestion, interfaces avec d’autres systèmes.
  • Accompagnement du changement : formation des équipes, communication, ajustements après mise en production.

Et c’est précisément dans ces différentes étapes que se cachent de nombreuses opportunités pour servir la transition énergétique… à condition d’y penser dès le départ.

Pourquoi le SIRH est un levier sous-estimé de la transition énergétique

On pourrait croire que le SIRH ne gère “que” des données RH. En réalité, il structure une grande partie de la vie opérationnelle d’une entreprise :

  • présence sur site vs télétravail,
  • organisation des équipes et des horaires,
  • déplacements professionnels,
  • formation,
  • suivi d’indicateurs sociaux, QVT, RSE, etc.

Or, toutes ces dimensions ont un impact direct ou indirect sur la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre :

  • moins de déplacements domicile-travail = moins d’émissions,
  • mieux planifier les équipes = moins de bâtiments surdimensionnés à chauffer ou éclairer,
  • suivre des indicateurs RSE = mieux piloter les actions de réduction d’impact.

Un SIRH bien conçu devient donc un socle de données et de processus pour :

  • fiabiliser les chiffres utilisés dans les bilans carbone,
  • appuyer les politiques de télétravail, mobilité douce, sobriété énergétique,
  • aligner la stratégie RH avec la stratégie climat de l’entreprise.

C’est là que le rôle du consultant SIRH prend une dimension nouvelle : il n’est plus seulement un expert de processus RH, mais aussi un maillon de la chaîne de transition énergétique.

Les missions classiques du consultant SIRH… avec un impact “énergie” caché

De l’extérieur, ses missions peuvent paraître très “back-office”. Regardons-les de plus près, sous l’angle énergétique.

1. Mettre en place la gestion des temps et des activités (GTA)

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La GTA permet de suivre qui travaille quand, où, et sur quoi. Utilisée intelligemment, elle peut :

  • faciliter la mise en place de plages de présence mutualisées (bureaux ouverts uniquement certains jours, meilleure utilisation des bâtiments),
  • alimenter les réflexions sur la réduction de la surface de bureaux à maintenir, et donc des dépenses de chauffage / climatisation,
  • optimiser les horaires en usine pour limiter les pics de consommation électrique sur certaines tranches horaires.

2. Accompagner le télétravail et le travail hybride

De nombreux SIRH intègrent maintenant des modules pour :

  • déclarer les jours télétravaillés,
  • gérer les accords de télétravail,
  • organiser la présence sur site par équipe.

Un bon consultant SIRH peut proposer, dès la conception :

  • des règles de gestion qui favorisent une présence groupée (pour éviter un bâtiment à moitié vide mais entièrement chauffé),
  • un suivi précis du pourcentage de jours télétravaillés par population, très utile pour estimer la baisse des trajets domicile-travail dans le bilan carbone.

3. Centraliser et fiabiliser la donnée RH

Les données RH alimentent de plus en plus les analyses RSE :

  • localisation des salariés,
  • modes de travail,
  • quotité de travail,
  • temps partiel, mobilité interne, etc.

En travaillant à la qualité de ces données, le consultant SIRH aide indirectement :

  • les équipes RSE à affiner leurs scénarios de réduction d’émissions,
  • la direction à piloter l’impact réel des politiques RH sur la trajectoire climat (par exemple, effet réel d’une politique de 2 jours de télétravail sur les émissions de Scope 3 liées aux déplacements).

Comment le consultant SIRH peut booster concrètement la stratégie climat d’une entreprise

Allons plus loin avec des leviers très concrets que le consultant SIRH peut actionner lorsqu’il travaille avec un client.

Intégrer des indicateurs RSE dans le SIRH

Lors de la phase de cadrage, il peut proposer de :

  • collecter, dans le SIRH, des informations utiles à la RSE : mode de transport principal pour venir au travail, éligibilité au télétravail, site de rattachement, etc.,
  • prévoir des rapports RSE standards (par exemple, nombre de jours de télétravail par mois, répartition des effectifs par site pour relier ces données aux consommations d’énergie des bâtiments),
  • connecter le SIRH à d’autres outils (bilan carbone, gestion des bâtiments, gestion de flotte, etc.).

Soutenir les politiques de mobilité durable

Le SIRH peut être un excellent point de contact pour déployer :

  • le forfait mobilités durables,
  • la prise en charge des abonnements de transport,
  • les programmes de covoiturage domicile-travail.

Le consultant SIRH peut, par exemple :

  • paramétrer des workflows simples permettant aux salariés de déclarer l’usage du vélo ou du covoiturage,
  • prévoir un suivi automatique des montants versés au titre des mobilités durables,
  • mettre à disposition des tableaux de bord pour suivre le taux d’adoption de ces dispositifs.

Optimiser les plannings pour réduire les consommations

Dans l’industrie, la logistique ou la distribution, la planification des équipes a un impact direct sur :

  • l’utilisation des lignes de production,
  • l’occupation des entrepôts,
  • les besoins en éclairage, chauffage, ventilation.

Un consultant SIRH peut aider à :

  • mettre en place une planification par “blocs” qui concentre l’activité sur certaines tranches horaires ou certaines zones d’un site, au lieu de diluer les équipes sur une grande amplitude,
  • croiser, à terme, les données d’occupation issues du SIRH avec les données de consommation énergétique pour affiner les scénarios de sobriété.
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Accompagner le changement de culture

La transition énergétique n’est pas qu’une affaire de technologies, c’est aussi une affaire de culture d’entreprise. Le consultant SIRH peut :

  • intégrer dans les outils RH des parcours de formation obligatoires ou fortement recommandés sur le climat, la sobriété, les gestes métiers bas carbone,
  • participer à l’élaboration de campagnes de communication interne liées à de nouveaux usages (télétravail raisonné, sobriété numérique, limitation des déplacements),
  • faire remonter au management des indicateurs sur l’adhésion des salariés (taux de complétion des formations, taux de participation à des programmes de mobilité, etc.).

Exemples concrets : quand SIRH et énergie se rencontrent sur le terrain

Pour rendre tout cela moins théorique, voici quelques scénarios vécus ou typiques dans l’industrie et les services.

Scénario 1 : un site industriel qui réduit ses surfaces de bureaux

Une entreprise multi-sites souhaite réduire de 20 % ses surfaces de bureaux pour diminuer ses coûts et ses consommations énergétiques. Avec l’aide d’un consultant SIRH, elle :

  • déploie un module de gestion des présences sur site,
  • met en place des règles de télétravail harmonisées,
  • analyse pendant plusieurs mois les taux d’occupation réels par bâtiment.

Résultat : ces données permettent de cibler précisément les plateaux quasi vides, de regrouper les équipes, puis de fermer certains espaces. Les gains en chauffage, climatisation et électricité sont mesurables dès la première année.

Scénario 2 : une entreprise de services qui renforce sa politique de mobilité douce

Une société de conseil souhaite encourager ses salariés à réduire leurs déplacements automobiles. Via le SIRH, paramétré par un consultant :

  • les salariés déclarent chaque mois leur mode de transport dominant,
  • le versement du forfait mobilités durables est automatisé pour ceux qui utilisent vélo, covoiturage ou transports en commun,
  • un tableau de bord mensuel montre l’évolution de la part des trajets “bas carbone”.

Cette visibilité permet de fixer des objectifs réalistes, de tester de nouveaux incitatifs (parking vélos sécurisé, indemnités bonifiées, etc.) et d’en mesurer rapidement l’impact.

Scénario 3 : une ETI industrielle qui prépare son reporting CSRD

Avec l’arrivée de la CSRD et des normes ESRS, la pression sur la qualité des données extra-financières explose. L’ETI en question, accompagnée d’un consultant SIRH, identifie que :

  • une partie des données nécessaires aux indicateurs sociaux et climatiques peut être fiabilisée via le SIRH (effectifs par site, modes de travail, temps partiel, jours télétravaillés),
  • des champs complémentaires peuvent être ajoutés pour faciliter la conciliation entre données RH et données énergie / climat,
  • des extractions standardisées peuvent être créées pour nourrir chaque année le reporting RSE.

Le consultant SIRH devient alors un allié précieux des équipes finance, RSE et IT pour structurer un socle de données fiable.

Quelles compétences pour un consultant SIRH sensible à la transition énergétique ?

Au-delà des compétences “classiques” du métier, ceux qui veulent apporter une vraie valeur ajoutée sur les enjeux énergie / climat doivent combiner :

  • une bonne culture RSE : comprendre les grands principes des bilans carbone, des scopes 1/2/3, des trajectoires de décarbonation,
  • une vision process & data : savoir où et comment la donnée RH peut servir la stratégie climat de l’entreprise,
  • des capacités de pédagogie : expliquer aux équipes RH, souvent peu familières des sujets énergie, comment leur SIRH contribue à la transition,
  • un sens aigu de la co-construction : travailler avec les directions RSE, immobilière, IT, industrielle, pour que le SIRH ne reste pas une “tour d’ivoire RH”.
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On voit d’ailleurs apparaître progressivement des profils hybrides : consultants SIRH ayant suivi une formation complémentaire en RSE, ou experts climat qui se spécialisent dans la donnée RH et les systèmes d’information.

Comment une entreprise peut-elle tirer le meilleur parti de son consultant SIRH ?

Si vous êtes côté entreprise, quelques bonnes pratiques peuvent transformer un projet SIRH “standard” en véritable accélérateur de transition énergétique.

Associer très tôt la RSE et les opérations

Dans les ateliers de cadrage SIRH, on retrouve classiquement la DRH, la DSI, parfois la finance. Pour intégrer les enjeux climat, il est utile de convier aussi :

  • la direction RSE / développement durable,
  • la direction immobilière / services généraux,
  • des représentants des opérations (site industriel, logistique, retail selon les cas).

Objectif : identifier ensemble quelles données et quels processus RH peuvent soutenir les objectifs de réduction des consommations et des émissions.

Poser noir sur blanc des objectifs “énergie / climat” dans le projet SIRH

Plutôt que de se limiter à des objectifs de type :

  • réduction du temps administratif,
  • meilleure fiabilité des bulletins de paie,
  • fluidification des demandes de congés,

on peut ajouter :

  • “Disposer d’indicateurs fiables sur le télétravail pour alimenter le bilan carbone.”
  • “Suivre l’évolution de l’occupation des bâtiments en lien avec la politique de flex office.”
  • “Tracer et valoriser les dispositifs de mobilité durable.”

Ces objectifs guideront naturellement les choix de paramétrage, de reporting et d’évolutions futures.

Exploiter les données dans la durée

Un SIRH n’est pas un projet ponctuel, c’est un système vivant. Pour qu’il serve durablement la transition énergétique :

  • prévoir des revues régulières des indicateurs RH/RSE,
  • croiser les données SIRH avec celles des factures d’énergie, des outils de gestion technique des bâtiments, des systèmes de réservation de postes, etc.,
  • ajuster les règles de télétravail, d’occupation des bâtiments ou de mobilité en fonction des résultats observés.

Vers un SIRH au cœur de la performance globale : économique, sociale et énergétique

La transition énergétique des entreprises ne se jouera pas uniquement sur les technologies de production d’énergie ou sur l’efficacité des équipements. Elle passera aussi par une transformation en profondeur des organisations, des modes de travail et de la culture managériale.

En structurant la donnée RH, en orchestrant les processus du quotidien (présence, plannings, mobilité, formation) et en fournissant des indicateurs fiables, le SIRH devient un composant clé de cette transformation. Et le consultant SIRH, souvent perçu comme un “technicien des outils RH”, se retrouve en réalité au carrefour :

  • des enjeux humains,
  • des systèmes d’information,
  • et des ambitions climat de l’entreprise.

La prochaine fois que vous lancerez un projet SIRH ou que vous échangerez avec un consultant sur la gestion des temps, des présences ou du télétravail, une question mérite d’être posée dès le départ : “Et si on en profitait aussi pour avancer sur notre trajectoire énergétique ?”